Le zodiaque n’a jamais vécu seulement dans les horoscopes. On le retrouve sculpté dans la pierre, peint dans les manuscrits, gravé sur des objets, associé aux mois de l’année, aux planètes, au corps humain et parfois à des talismans.
Encore faut-il regarder chaque œuvre pour ce qu’elle est. Une étoile n’est pas automatiquement astrologique ; une constellation peut relever de l’astronomie ; une planète peut apparaître comme divinité, symbole savant ou figure magique. Les frontières que nous traçons aujourd’hui entre astronomie, astrologie, religion, médecine et mythologie étaient souvent beaucoup moins nettes.
L’histoire de l’art permet justement de suivre ces glissements. Au fil des siècles, le ciel devient calendrier, image du corps, emblème politique, décor, talisman ou langage intime. Derrière les douze signes se dessine une question plus vaste : comment les sociétés ont-elles donné une forme visible à leur manière de comprendre le cosmos ?
Le zodiaque avant l’astrologie moderne : représenter un ordre du monde
Le zodiaque est d’abord une division de la bande céleste parcourue, en apparence, par le Soleil, la Lune et les planètes. Dès l’Antiquité, les constellations et signes deviennent des repères astronomiques, calendaires et astrologiques, comme nous le retraçons dans notre histoire de l’astrologie. Dans l’art, ces figures offrent une manière immédiatement lisible de représenter l’organisation du ciel.
Le Louvre conserve l’« Autel astrologique de Gabies », daté de la première moitié du IIe siècle apr. J.-C. Son décor associe les douze signes du zodiaque à des attributs divins. L’objet reste énigmatique dans sa fonction exacte — autel ou cadran solaire — mais il témoigne clairement de la présence du zodiaque dans le vocabulaire visuel romain.
Autre monument célèbre : le Zodiaque de Dendéra, provenant du temple d’Hathor en Haute-Égypte. Il date de l’époque ptolémaïque, autour du Ier siècle av. J.-C. Sa composition mêle constellations, figures du ciel égyptien et signes zodiacaux hérités du monde gréco-méditerranéen. Il est aujourd’hui conservé au Louvre.
Le mot « zodiaque » pourrait donner l’impression d’un système intemporel. En réalité, les images circulent, changent de sens, se combinent à d’autres traditions. C’est l’un des grands fils de cette histoire : les signes voyagent autant que les idées.
Le monde islamique médiéval : quand le ciel gagne les objets
Entre le VIIIe et le XIIIe siècle, le monde islamique joue un rôle majeur dans la transmission, la critique et le développement des savoirs astronomiques. Les textes grecs, persans et indiens sont traduits, étudiés et enrichis. Astronomie et astrologie ne sont alors pas toujours considérées comme deux disciplines radicalement séparées.
Le Metropolitan Museum of Art rappelle que des savants tels qu’Abu Ma‘shar al-Balkhi, al-Biruni ou Nasir al-Din al-Tusi ont produit des travaux astrologiques en parallèle de recherches astronomiques. L’astrologie restait cependant controversée : théologiens, juristes et philosophes débattaient de sa légitimité.
Cette culture savante s’est traduite visuellement. Les signes du zodiaque et les personnifications planétaires apparaissent sur des manuscrits, des objets métalliques, des boîtes, des bols, des armes ou des talismans.
Un bol où les planètes entourent le Soleil
Le Met conserve un bol iranien de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle dont la décoration associe cour, astronomie et astrologie. Au centre, le Soleil est entouré des personnifications de Mars, Mercure, Vénus, de la Lune, de Saturne et de Jupiter. Les cercles extérieurs pourraient renvoyer aux constellations et aux signes du zodiaque.
Ce type d’objet rappelle une chose importante : l’astrologie n’est pas seulement représentée dans des livres de spécialistes. Elle entre aussi dans les arts décoratifs, au contact de la vie de cour et du prestige social.
Quand le zodiaque devient talisman
Dans certaines traditions, les motifs astrologiques ne sont pas simplement décoratifs. Ils peuvent être investis d’une fonction protectrice. Le Met conserve par exemple un pendentif du Xe siècle représentant un lion et un scorpion, probablement conçu comme talisman. Les conservateurs suggèrent que les deux animaux pourraient correspondre aux signes du Lion et du Scorpion.
Le musée souligne cependant que la signification exacte de ces associations reste incertaine. Cette prudence est essentielle : dans l’histoire de l’art, reconnaître un signe ne suffit pas toujours à comprendre pourquoi il a été placé sur un objet.
Le Met documente aussi un plumier du XIIIe siècle décoré de la Lune, de Jupiter et de Vénus dans des signes zodiacaux. Le musée estime que cette combinaison pouvait être liée à la naissance de son propriétaire, tandis que l’image de la Lune revêtait également une portée talismanique.
Les manuscrits : quand l’astrologie devient image savante
Les manuscrits sont probablement l’un des lieux où l’on comprend le mieux le dialogue entre science du ciel, interprétation astrologique et création artistique.
La Bibliothèque nationale de France conserve ainsi une copie du Kitab al-mawalid, le Livre des nativités, attribué à Abu Ma‘shar. Réalisée en Égypte probablement au XVe siècle, elle associe chaque signe du zodiaque à ses décans et aux planètes qui leur sont liées.
Dans la page consacrée au Verseau, Saturne apparaît comme planète dominante, tandis que Mercure, la Lune, Jupiter, le Soleil et Mars occupent d’autres compartiments. Une autre page consacrée au Lion associe le signe au Soleil et déploie autour de lui tout un petit théâtre planétaire. Les planètes ne sont pas de simples symboles abstraits : Mercure devient scribe, Vénus musicienne, Mars guerrier, Jupiter sage ou juge. Ces personnifications éclairent autrement la symbolique des planètes en astrologie.
Cette iconographie permet de voir comment des qualités astrologiques sont traduites en personnages, gestes, vêtements et métiers. L’image ne se contente pas d’illustrer un texte : elle donne un corps aux planètes.
La BnF conserve aussi des manuscrits européens où le zodiaque apparaît aux côtés d’éléments cosmologiques. Un manuscrit du XVe siècle, par exemple, représente les douze signes dans une page consacrée au monde et aux corps célestes. Pour replacer ces figures dans leur logique zodiacale, on peut aussi consulter notre repère sur les douze signes astrologiques. Là encore, le zodiaque appartient à une vision générale du cosmos, pas à une rubrique isolée « horoscope ».
Au Moyen Âge européen, le zodiaque rythme les mois
Dans les manuscrits chrétiens médiévaux, les signes du zodiaque apparaissent très souvent dans les calendriers des livres d’heures. Cette même culture du ciel irrigue aussi la littérature : chez Dante, la cosmologie de la Divine Comédie transforme les sphères célestes en architecture poétique et philosophique. Le Getty Museum rappelle qu’ils étaient associés aux saisons, aux travaux agricoles et à l’organisation du temps quotidien.
Dans un calendrier médiéval, un mois peut être représenté par trois éléments : le signe zodiacal, l’activité saisonnière et les fêtes religieuses. Le ciel, le travail humain et le calendrier liturgique cohabitent dans une même page.
Cette articulation nous paraît parfois étrange, parce que nous séparons aujourd’hui religion, médecine, astronomie et astrologie. Pour un lecteur médiéval, ces domaines pouvaient s’inscrire dans une même représentation ordonnée du monde.
Quand le zodiaque quitte le livre et passe dans la pierre
Le zodiaque médiéval n’est pas seulement une affaire de manuscrits. Les cycles des mois et des signes apparaissent aussi sur les façades et portails d’églises. Le Metropolitan Museum rappelle que l’on en trouve notamment dans les programmes sculptés des cathédrales de Chartres et de Paris.
À Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, le cycle zodiacal du XIIe siècle a fait l’objet en 2023 d’une étude de l’historien de l’art Conrad Rudolph. Son intérêt tient à la manière dont un savoir astrologique savant — notamment la correspondance entre signes et parties du corps — entre dans un art monumental accessible à un public beaucoup plus large. Le zodiaque n’est plus seulement consulté : il devient architecture et espace public.
L’Homme zodiacal : quand les signes entrent dans le corps
L’une des images les plus frappantes du Moyen Âge et de la Renaissance est celle de l’Homme zodiacal. Le corps humain y est divisé selon les signes : Bélier pour la tête, Taureau pour le cou, Gémeaux pour les épaules, Cancer pour la poitrine, et ainsi de suite jusqu’aux Poissons pour les pieds.
Le Getty rappelle que ce schéma apparaissait notamment dans des contextes médicaux, où la position de la Lune et des signes pouvait être prise en compte avant certaines pratiques comme la saignée. Le célèbre Homme zodiacal des Très Riches Heures du duc de Berry appartient à cette tradition.
Nous sommes ici face à un document historique sur les conceptions médicales d’une époque, pas à un modèle médical valable aujourd’hui. Mais l’image montre avec une force extraordinaire la manière dont le corps humain pouvait être pensé comme un microcosme relié au macrocosme.
Le Palazzo Schifanoia : la Renaissance peint l’astrologie à l’échelle d’une salle
À Ferrare, le Palazzo Schifanoia offre l’un des ensembles les plus fascinants pour comprendre la place de l’astrologie dans l’art de la Renaissance. Son célèbre Salone dei Mesi, peint au XVe siècle pour la cour d’Este, organise l’année en mois, signes, divinités, activités humaines et figures astrologiques.
Le Warburg Institute rappelle que les fresques associent, dans leur registre central, les signes du zodiaque et leurs trois décans, un système que nous détaillons dans notre guide consacré aux décans astrologiques. Ces figures parfois étranges témoignent de traditions astrologiques dont les images ont circulé depuis l’Antiquité, puis à travers des sources arabes et indiennes avant de réapparaître dans l’Italie renaissante.
Pour le mois d’avril, par exemple, le Taureau apparaît accompagné de ses trois décans, tandis que Vénus occupe le registre supérieur. Pour juin, Cancer se trouve associé à Mercure. L’ensemble est à la fois cosmologique, politique et courtisan : le cycle céleste structure aussi une représentation de la vie à la cour.
Pourquoi Aby Warburg s’y est-il tant intéressé ?
L’historien de l’art Aby Warburg a fait de Schifanoia un cas majeur pour étudier la survivance et la migration des images antiques. Ce qui l’intéressait n’était pas seulement le contenu astrologique, mais la manière dont des formes visuelles traversent les siècles, changent de culture puis réapparaissent transformées.
En ce sens, les décans de Schifanoia racontent une histoire plus vaste que celle de l’astrologie. Ils montrent comment une image peut voyager de texte en texte, de langue en langue, jusqu’à devenir fresque monumentale dans une cour italienne du XVe siècle.
Dürer, Saturne et la mélancolie : un cas à lire avec prudence
Avec Albrecht Dürer et sa célèbre gravure Melencolia I de 1514, l’astrologie entre dans un territoire beaucoup plus ambigu.
L’œuvre, conservée notamment à la National Gallery of Art, rassemble une figure ailée pensive, des instruments de géométrie, un polyèdre, un carré magique, un sablier, une balance et un ciel traversé par un astre ou une comète. Les interprétations sont innombrables.
Dans la culture savante de la Renaissance, la mélancolie était traditionnellement associée à Saturne. Certains humanistes réinterprétaient même le tempérament mélancolique, autrefois considéré comme pathologique, comme une disposition pouvant accompagner la création intellectuelle et artistique.
Mais il serait abusif de présenter Melencolia I comme une simple « œuvre astrologique ». La gravure croise philosophie naturelle, mathématiques, géométrie, théorie des tempéraments, religion et réflexion sur les limites de la connaissance. Elle s’inscrit aussi dans une culture où astrologie et mythologie continuent de partager un même répertoire de figures planétaires. L’astrologie appartient au contexte symbolique de l’œuvre ; elle n’en épuise pas le sens.
En Perse safavide, les signes prennent les vêtements de leur époque
Une peinture persane safavide conservée au British Museum offre un exemple très concret de réinterprétation visuelle du zodiaque.
Datée d’environ 1630-1640, elle représente les Gémeaux sous la forme de deux hommes enlacés. Le musée souligne que le modèle cosmologique dérive de traditions grecques anciennes, mais que les jumeaux ont été représentés comme des pages de cour safavides, vêtus de riches robes persanes.
C’est une leçon remarquable d’histoire de l’art : le signe reste identifiable, mais son apparence change. Les Gémeaux ne sont pas une image figée ; ils adoptent les codes de la société qui les représente.
En Chine, une autre manière de mettre le ciel en images
L’histoire devient encore plus intéressante lorsqu’on quitte le zodiaque occidental. Le Met conserve un rouleau chinois du XVIe siècle, Divinities of the Planets and Constellations, attribué à Qiu Ying ou à un copiste postérieur.
Le rouleau représente les divinités des cinq planètes — Jupiter, Mars, Saturne, Vénus et Mercure — associées aux cinq éléments bois, feu, terre, métal et eau, ainsi que les vingt-huit constellations de la tradition chinoise.
Le système n’est pas celui des douze signes occidentaux. Le rapprochement est néanmoins fécond : différentes civilisations ont créé des images pour donner une forme aux cycles du ciel, aux planètes et à leur relation symbolique avec la vie terrestre.
Quand le zodiaque devient pouvoir politique
Le zodiaque peut aussi entrer dans l’art du pouvoir. Sous l’empereur moghol Jahangir, au début du XVIIe siècle, certaines monnaies remplacent les inscriptions habituelles par des signes zodiacaux.
Le Met conserve plusieurs de ces « zodiac coins », datées de 1617-1618, représentant notamment Bélier, Lion, Poissons, Taureau et Capricorne.
Un signe astrologique frappé sur une monnaie impériale n’a évidemment pas la même fonction qu’un signe peint dans un livre d’heures ou porté en talisman. Le motif céleste se trouve ici au contact direct de l’autorité souveraine, de la datation et de la représentation du règne.
Du calendrier à l’art moderne : le zodiaque change encore de langage
À la fin du XIXe siècle, le zodiaque n’a plus la même place savante qu’au Moyen Âge ou à la Renaissance, mais il reste un formidable répertoire d’images. Les artistes peuvent désormais l’utiliser comme motif décoratif, comme sujet autonome ou comme matériau symbolique personnel.
Alphonse Mucha : douze signes autour d’un visage
En 1896, Alphonse Mucha réalise Zodiac, d’abord conçu comme calendrier pour l’imprimeur Champenois. Les douze signes forment un disque derrière la tête d’une femme richement parée. La Mucha Foundation précise que l’image eut un tel succès que Léon Deschamps, directeur de La Plume, en acheta les droits pour le calendrier 1897 de la revue.
Ici, le zodiaque n’organise plus un diagnostic médical ou le programme d’une cour princière : il devient graphisme, calendrier et art décoratif. C’est un bon exemple de la capacité du même système de signes à survivre en changeant complètement de fonction.
Max Ernst : Capricorne devient une sculpture
Avec Capricorn, modelé en 1947, Max Ernst transforme le dixième signe du zodiaque en un couple de figures monumentales. La National Gallery of Art décrit un personnage masculin cornu et une figure féminine à queue de poisson : Ernst répartit ainsi entre eux les attributs traditionnels du Capricorne, chèvre et poisson.
Mais, comme souvent chez le surréaliste, l’image refuse une lecture unique. Ernst mêle formes animales, références à la sculpture ancienne, objets quotidiens et humour. Le titre astrologique est explicite ; l’œuvre, elle, reste volontairement ambiguë.
Dalí et les douze signes : le zodiaque devient série
Salvador Dalí consacre lui aussi une série entière aux douze signes. Son portfolio lithographique The Twelve Signs of the Zodiac date de 1967. Le Salvador Dalí Museum a d’ailleurs consacré une exposition spécifique à Dalí & the Zodiac, mettant en regard cette suite, les signes astrologiques et certains éléments biographiques de l’artiste.
L’intérêt de cet exemple est moins de chercher un « thème astral de Dalí » que d’observer ce que le surréalisme fait d’un répertoire déjà vieux de plusieurs siècles : il conserve les douze figures, mais les libère du calendrier savant et les fait entrer dans l’univers graphique propre à l’artiste.
Et dans l’art contemporain ? Le symbole reste vivant
Le zodiaque n’a pas disparu avec le XXe siècle. Chez l’artiste américaine Kiki Smith, par exemple, astronomie, astrologie, corps et mythologie continuent de se croiser. Dans une exposition de 2022, ses sculptures Siren et Enchantment portent sur leur surface des étoiles dessinant la constellation du Capricorne, son propre signe de naissance. La galerie Lorcan O’Neill relève aussi la présence récurrente de l’observation des étoiles et de l’astrologie dans les peintures cosmiques présentées avec ces œuvres.
Le changement est intéressant : après avoir servi à organiser le temps, le corps ou le pouvoir, le signe peut devenir un élément d’autobiographie symbolique. On retrouve là une logique proche de celle observée dans la mode : le zodiaque reste collectif, mais chacun peut se l’approprier. Nous avons exploré ce prolongement dans notre article sur l’astrologie, le zodiaque et la haute couture.
Pourquoi l’astrologie a-t-elle produit autant d’images ?
Parce qu’elle est elle-même construite comme un langage de relations : signes, planètes, maisons, aspects, décans, éléments. Chacun de ces termes peut devenir image.
- Le signe devient personnage ou animal : lion, taureau, poissons, jumeaux.
- La planète devient divinité ou figure sociale : Mars guerrier, Mercure scribe, Vénus musicienne.
- Le temps devient cycle : les signes accompagnent les mois et les saisons.
- Le corps devient cosmos : l’Homme zodiacal relie chaque partie anatomique à un signe.
- Le pouvoir devient céleste : monnaie, talisman ou iconographie de cour s’approprient les astres.
Cette richesse visuelle explique probablement pourquoi l’astrologie a traversé aussi facilement les manuscrits, la sculpture, les arts décoratifs, la mode et la joaillerie.
Astrologie, astronomie, magie, religion : ne pas tout confondre
L’un des pièges de ce sujet consiste à appeler « astrologique » tout objet comportant une étoile ou une constellation. C’est rarement satisfaisant.
| Registre | Question principale | Exemple |
|---|---|---|
| Astronomie | où sont les astres et comment se déplacent-ils ? | astrolabe, cartes du ciel |
| Astrologie | quelle signification attribuer aux configurations célestes ? | zodiaque, décans, nativités |
| Mythologie | quels récits et divinités donnent forme au ciel ? | Vénus, Mars, Apollon |
| Magie / talisman | comment un signe ou un objet est-il investi d’un pouvoir protecteur ? | pendentifs, objets talismaniques |
| Religion | comment le cosmos s’intègre-t-il à une vision théologique ? | calendriers de livres d’heures |
Ces catégories peuvent se croiser. Elles ont aussi évolué selon les écoles et les époques, ce qui explique certaines différences entre astrologie traditionnelle et astrologie moderne. Un astrolabe est un instrument astronomique, mais peut être richement décoré. Un manuscrit astrologique peut avoir une valeur artistique. Un objet talismanique peut contenir des signes religieux et zodiacaux. L’histoire est plus intéressante lorsqu’on accepte ces chevauchements au lieu de vouloir tout ranger dans une seule case.
Le regard astroSpirit : représenter le ciel, c’est déjà lui donner une place
Il y a quelque chose de profondément humain dans cette longue histoire. Nous regardons le ciel, puis nous dessinons ce que nous croyons y voir. Ensuite, nous transformons ces figures en histoires, en calendriers, en objets, en peintures et en symboles.
Une constellation n’est pas réellement reliée par des traits lumineux dans l’espace. Ce sont les cultures humaines qui relient les étoiles entre elles et leur donnent un nom. Le geste artistique commence déjà là : faire apparaître une forme dans un ensemble de points.
L’astrologie prolonge ce geste en ajoutant une interprétation symbolique. L’art, lui, rend cette interprétation visible. Il donne un visage à Saturne, un corps aux Gémeaux, une couronne au Soleil, des ailes à Mercure, un animal à chaque signe.
Ce constat n’oblige ni à croire ni à ne pas croire. Il invite plutôt à regarder l’astrologie comme une partie de l’histoire culturelle des images. Pendant des siècles, le zodiaque a servi à représenter une question qui nous accompagne toujours : comment situer l’être humain dans un monde beaucoup plus vaste que lui ?
Quelques œuvres et ressources à découvrir
- Zodiaque de Dendéra — Musée du Louvre.
- Autel astrologique de Gabies — Musée du Louvre.
- Astronomy and Astrology in the Medieval Islamic World — Metropolitan Museum of Art.
- Kitab al-mawalid : Verseau et Saturne — BnF.
- Rising Signs: The Medieval Science of Astrology — Getty Museum.
- Warburg Institute : Palazzo Schifanoia et les décans.
- Albrecht Dürer, Melencolia I — National Gallery of Art.
- Entwined Geminis — British Museum.
- Divinities of the Planets and Constellations — Metropolitan Museum of Art.
On résume
- Le zodiaque apparaît dans l’art bien avant l’astrologie moderne et change de fonction selon les époques.
- Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, il sert à représenter le ciel, le calendrier, le corps, le pouvoir ou certaines pratiques talismaniques.
- Le Palazzo Schifanoia montre jusqu’où l’astrologie peut structurer un programme monumental, avec signes, planètes et décans.
- Dürer rappelle qu’une œuvre peut dialoguer avec l’astrologie sans se réduire à elle.
- Mucha, Max Ernst et Dalí montrent comment le zodiaque devient ensuite motif graphique, sculpture ou série artistique.
- Chez Kiki Smith, il peut encore devenir un langage personnel et contemporain.
- D’une culture à l’autre, les mêmes astres changent de visage : Perse safavide, Chine, Europe ou monde islamique médiéval ne racontent pas le ciel de la même manière.
- L’histoire de l’art permet ainsi de suivre l’astrologie comme un langage d’images, de mémoire et de sens, autant que comme une pratique d’interprétation.
Questions fréquentes sur l’astrologie dans l’art
Depuis quand le zodiaque apparaît-il dans l’art ?
Les signes zodiacaux sont représentés dès l’Antiquité. Des œuvres romaines comme l’Autel astrologique de Gabies, ou le Zodiaque de Dendéra en Égypte ptolémaïque, montrent déjà une iconographie zodiacale structurée.
Pourquoi trouve-t-on des signes astrologiques dans les manuscrits médiévaux ?
Ils pouvaient servir à représenter le calendrier, les saisons, les planètes, les décans ou certaines conceptions médicales. Astronomie, astrologie et organisation du temps étaient alors beaucoup plus étroitement liées qu’elles ne le sont aujourd’hui.
Qu’est-ce que le Palazzo Schifanoia a de particulier ?
Son Salon des Mois, peint à Ferrare au XVe siècle, associe mois, signes zodiacaux, divinités et trois décans par signe. Il constitue l’un des ensembles monumentaux les plus importants pour l’histoire de l’iconographie astrologique à la Renaissance.
Melencolia I de Dürer est-elle une œuvre astrologique ?
L’astrologie, notamment la tradition associant Saturne à la mélancolie, appartient au contexte intellectuel de l’œuvre. Mais la gravure mêle aussi mathématiques, philosophie, religion et théorie de la création. La qualifier uniquement d’« astrologique » serait réducteur.
L’astrologie dans l’art est-elle toujours liée à la divination ?
Non. Un motif zodiacal peut être astronomique, calendaire, décoratif, politique, médical, mythologique ou talismanique. Le contexte de l’œuvre est essentiel pour comprendre sa fonction.
Article publié le 29 septembre 2026 par l’équipe de rédaction astroSpirit.