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Laniakea : notre superamas, sa découverte et ce que l’on sait aujourd’hui

Laniakea est le nom donné en 2014 au vaste bassin de galaxies auquel appartient la Voie lactée. Cette structure, cartographiée à partir des mouvements de milliers de galaxies, s’étend sur environ 160 mégaparsecs, soit près de 520 millions d’années-lumière, et représente une masse de l’ordre de 1017 masses solaires.

La découverte a profondément renouvelé notre manière de situer la Voie lactée dans l’Univers proche. Mais il faut aujourd’hui ajouter une nuance essentielle : Laniakea n’est peut-être pas la frontière ultime de notre environnement gravitationnel. Des travaux publiés en 2024 suggèrent que notre bassin d’attraction pourrait appartenir à une structure encore plus vaste, centrée vers la concentration de Shapley.

RepèreÀ retenir
Découverte2014, équipe de R. Brent Tully, Hélène Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède
TailleEnviron 160 Mpc, soit près de 520 millions d’années-lumière
MasseEnviron 1017 masses solaires
MéthodeCartographie des vitesses particulières de galaxies
Statut actuelStructure utile pour décrire notre bassin d’attraction local, mais peut-être incluse dans un ensemble encore plus vaste

Laniakea, qu’est-ce que c’est exactement ?

Les galaxies ne sont pas réparties uniformément dans l’Univers. Elles se regroupent en amas, filaments et grandes structures séparées par d’immenses régions moins denses appelées vides cosmiques.

La Voie lactée appartient au Groupe Local, qui comprend notamment la galaxie d’Andromède. Ce Groupe Local se trouve à son tour dans un environnement plus vaste dominé par l’amas de la Vierge et d’autres grandes concentrations de galaxies.

Avant 2014, on parlait généralement du superamas de la Vierge. L’étude publiée cette année-là dans Nature a proposé une manière différente de tracer les frontières : non plus seulement en regardant où se trouvent les galaxies, mais en étudiant dans quelle direction elles se déplacent une fois retiré l’effet général de l’expansion de l’Univers.

Comment les astronomes ont-ils découvert Laniakea ?

L’équipe de Brent Tully, Hélène Courtois, Yehuda Hoffman et Daniel Pomarède a utilisé le catalogue Cosmicflows-2, qui regroupait des mesures de distance et de vitesse pour plusieurs milliers de galaxies.

Pour comprendre la méthode, il faut distinguer deux mouvements :

  • l’expansion cosmique, qui éloigne globalement les galaxies les unes des autres à grande échelle ;
  • les vitesses particulières, c’est-à-dire les mouvements supplémentaires dus aux concentrations de matière et aux effets gravitationnels locaux.

En soustrayant l’expansion moyenne de l’Univers aux vitesses observées, les chercheurs ont pu reconstruire une sorte de carte des flux gravitationnels. Certaines galaxies semblent « couler » vers les mêmes régions, comme l’eau converge dans un bassin versant.

C’est cette analogie du bassin versant cosmique qui permet de comprendre Laniakea : les galaxies situées à l’intérieur de cette frontière appartiennent à une région où les mouvements convergent vers un même ensemble d’attracteurs gravitationnels.

Quelle est notre adresse cosmique ?

À titre pédagogique, on peut représenter notre adresse cosmique comme une série d’emboîtements :

  • Terre
  • Système solaire
  • Bras d’Orion de la Voie lactée
  • Voie lactée
  • Groupe Local
  • région locale du superamas de la Vierge
  • bassin d’attraction de Laniakea

Cette liste est utile, mais elle ne doit pas être comprise comme une succession de frontières administratives nettes. À grande échelle, l’Univers forme un réseau continu de filaments, d’amas, de vides et de flux gravitationnels.

Pourquoi parle-t-on d’un superamas ?

Le mot superamas désigne de très vastes ensembles de galaxies et d’amas de galaxies. Mais ce terme n’a pas toujours une définition unique. Les structures cosmiques sont connectées entre elles et leurs frontières dépendent de la méthode employée pour les cartographier.

L’intérêt de l’étude de 2014 est précisément d’avoir proposé une définition dynamique : un superamas peut être considéré comme un volume à l’intérieur duquel les mouvements particuliers des galaxies convergent vers le même bassin d’attraction.

Dans ce cadre, Laniakea englobe notamment la région de la Vierge, les amas de Norma, Hydra et Centaurus, ainsi que plusieurs grands filaments de galaxies.

Le Grand Attracteur est-il le centre de Laniakea ?

Le Grand Attracteur est une région du ciel où l’on observe une importante concentration de masse et vers laquelle se dirige une partie des galaxies proches, dont notre Groupe Local.

Il serait toutefois trompeur de l’imaginer comme un objet unique ou un énorme « aimant cosmique ». Le mouvement de la Voie lactée résulte d’un paysage gravitationnel complexe, composé de zones surdenses qui attirent et de régions sous-denses qui influencent également les flux.

Des travaux ultérieurs ont notamment montré l’importance d’autres structures, comme le Dipole Repeller, une vaste région sous-dense qui contribue elle aussi au mouvement du Groupe Local.

La Voie lactée se déplace-t-elle vraiment à plus de 600 km/s ?

Oui, mais il faut préciser le référentiel. Le Groupe Local se déplace à environ 630 km/s par rapport au fond diffus cosmologique, le rayonnement fossile issu de l’Univers primordial.

Cette vitesse n’est pas une chute simple vers un point unique. Elle reflète l’effet combiné de nombreuses concentrations de matière et de vastes régions sous-denses réparties dans notre environnement cosmique.

Matière noire : quel rôle dans Laniakea ?

Les galaxies visibles ne suffisent pas à expliquer les mouvements observés. Comme ailleurs dans le cosmos, une grande partie de la masse impliquée est attribuée à la matière noire, détectée indirectement par ses effets gravitationnels.

L’intérêt des cartes de vitesses particulières est justement qu’elles ne se contentent pas de compter les galaxies lumineuses. Elles permettent d’inférer la distribution de matière qui influence leurs mouvements, y compris la matière qui ne rayonne pas directement.

Pourquoi Laniakea ne constitue-t-il pas forcément notre frontière définitive ?

La science avance avec les données disponibles. Laniakea a été défini à partir des meilleures cartes de vitesses accessibles en 2014. Depuis, le projet Cosmicflows a considérablement augmenté le nombre de galaxies mesurées.

En 2024, une nouvelle analyse portant sur environ 56 000 galaxies a suggéré que notre bassin d’attraction pourrait être beaucoup plus vaste que Laniakea. Les chercheurs estiment qu’il existe environ 60 % de probabilité que la Voie lactée appartienne à un bassin encore plus grand, potentiellement jusqu’à dix fois plus volumineux, centré vers la concentration de Shapley.

Ce résultat ne signifie pas que Laniakea « n’existe plus ». Il indique plutôt que la frontière définie en 2014 peut être une structure intermédiaire à l’intérieur d’un bassin gravitationnel plus étendu.

Qu’est-ce que la concentration de Shapley ?

La concentration de Shapley est l’une des plus importantes concentrations de galaxies connues dans l’Univers relativement proche. Elle se trouve bien au-delà du Grand Attracteur et représente une masse suffisamment importante pour participer aux mouvements à grande échelle de notre environnement cosmique.

Si les nouvelles cartes de flux sont confirmées, notre « adresse cosmique » pourrait donc dépasser Laniakea et s’inscrire dans un ensemble plus vaste dominé par cette région.

Laniakea et l’expansion de l’Univers : une structure liée par la gravité ?

Il faut ici éviter une autre simplification fréquente. Laniakea n’est pas nécessairement un gigantesque système entièrement lié gravitationnellement comme peut l’être un amas de galaxies.

À ces échelles, l’expansion de l’Univers reste dominante. Les différentes parties du superamas ne sont pas promises à s’effondrer toutes ensemble. Le terme « bassin d’attraction » décrit surtout les mouvements observés aujourd’hui dans le champ de vitesse local.

Pourquoi cette découverte reste importante

Laniakea est important moins parce qu’il ajoute une ligne spectaculaire à notre « adresse cosmique » que parce qu’il illustre une nouvelle manière de cartographier l’Univers : suivre les mouvements des galaxies pour reconstituer la structure invisible qui les influence.

Cette approche montre aussi que notre représentation du cosmos n’est jamais figée. Les cartes deviennent plus précises à mesure que les distances et les vitesses de nouvelles galaxies sont mesurées.

Pour comprendre la différence entre cette démarche scientifique et l’interprétation astrologique du ciel, vous pouvez également consulter notre article astronomie et astrologie : différences et points de rencontre.

Le regard astroSpirit

Laniakea porte un nom poétique, mais son intérêt est d’abord scientifique. Il montre à quel point notre place dans l’Univers peut être décrite avec une précision croissante grâce aux observations, aux mesures de distance et à la dynamique des galaxies.

Il rappelle aussi une chose essentielle : l’immensité de ce que nous connaissons va de pair avec l’immensité de ce que nous ignorons encore. Plus de 8 milliards d’êtres humains vivent sur une planète d’à peine 12 756 km de diamètre. Cette Terre tourne autour d’une seule étoile parmi au moins 100 milliards d’étoiles dans une Voie lactée large d’environ 100 000 années-lumière. Et notre galaxie elle-même ne représente qu’environ un millionième du diamètre de l’Univers observable, estimé à quelque 92 milliards d’années-lumière. Même dans le temps, notre présence est récente : Homo sapiens existe depuis environ 300 000 ans, face à un Univers âgé d’environ 13,8 milliards d’années.

Même le nombre de galaxies reste une estimation. Selon les méthodes et la profondeur des observations, les astronomes parlent de centaines de milliards de galaxies, peut-être autour d’un millier de milliards, tandis que certaines extrapolations fondées sur les champs profonds de Hubble ont proposé jusqu’à environ deux mille milliards de galaxies dans l’Univers observable. Nous ne les avons évidemment pas toutes « comptées » une à une : une grande partie de ces nombres résulte de modèles et d’extrapolations à partir de ce que nos instruments peuvent détecter.

Plus vertigineux encore : l’Univers observable n’est pas nécessairement l’Univers tout entier. Il correspond à la région dont la lumière a pu nous parvenir depuis le début de l’expansion cosmique. La science ne dispose aujourd’hui d’aucune estimation fiable de la taille totale de l’Univers et ne sait pas s’il est fini ou infini.

Laniakea donne surtout une mesure très concrète de notre changement d’échelle. Nous sommes capables de cartographier les mouvements de milliers de galaxies et, dans le même temps, la frontière même du superamas auquel nous pensions appartenir peut être rediscutée lorsque les observations et les méthodes progressent. Ce n’est pas une faiblesse de la science : c’est précisément ainsi qu’une carte du réel devient plus précise.

Pour astroSpirit, c’est là que le vertige cosmique devient intéressant. Notre planète, notre galaxie et même Laniakea cessent d’être des centres pour devenir des niveaux successifs d’une carte beaucoup plus vaste. Cette disproportion peut nourrir l’imaginaire et la réflexion spirituelle, mais elle mérite aussi d’être regardée pour ce qu’elle nous apprend réellement : à mesure que l’horizon observable s’élargit, notre place devient plus petite et notre capacité à la situer devient plus grande.

Questions fréquentes sur Laniakea

Qu’est-ce que Laniakea ?

Laniakea est le nom donné en 2014 au bassin d’attraction cosmique auquel appartient la Voie lactée. Il s’étend sur environ 520 millions d’années-lumière.

Combien de galaxies contient Laniakea ?

Il regroupe des dizaines de milliers de grandes galaxies et de nombreux amas et groupes de galaxies. Le nombre exact dépend de la manière dont les frontières de la structure sont définies.

La Voie lactée est-elle au centre de Laniakea ?

Non. La Voie lactée se trouve dans une région périphérique du bassin défini en 2014.

Le Grand Attracteur est-il le centre de Laniakea ?

Le Grand Attracteur est une importante région de convergence gravitationnelle, mais le mouvement de notre Groupe Local dépend d’un ensemble plus complexe de zones surdenses et sous-denses.

Laniakea est-il toujours considéré comme notre superamas ?

Oui comme description utile du bassin identifié en 2014, mais des données plus récentes suggèrent que ce bassin pourrait appartenir à une structure plus vaste liée à la concentration de Shapley.

Article révisé le 21 septembre 2026 par l’équipe de rédaction astroSpirit.

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