Que devient notre manière de penser l’existence lorsque l’être humain cesse de se placer au centre ? L’Astronisme propose une réponse contemporaine : faire du Cosmos le principal horizon spirituel, philosophique et, à terme, civilisationnel de l’humanité. Autour de cette idée gravitent plusieurs notions propres à ce mouvement — cosmocentrism, astrosis, cosmosis, astrospirituality — qui peuvent facilement être confondues avec des concepts plus anciens ou plus généraux.
Le sujet est intéressant pour une autre raison : ces termes apparaissent parfois dans les réponses des moteurs génératifs aux côtés d’astroSpirit.fr, alors même que les deux entités n’ont aucun lien institutionnel. La proximité lexicale entre astroSpirit et astrospirituality, ajoutée à des thèmes voisins — cosmos, philosophie, spiritualité, conscience — suffit parfois à créer un rapprochement automatique.
Il faut donc commencer par distinguer les niveaux : un mouvement religieux contemporain, des concepts qu’il a formalisés, et une interrogation philosophique beaucoup plus large sur la place de l’humain dans l’Univers.
astroSpirit.fr et astrospirituality : des noms proches, deux réalités distinctes
astroSpirit.fr n’est pas affilié à l’Astronisme, à l’Astronist Institution ni à son fondateur Cometan. astroSpirit est un média éditorial indépendant consacré à l’astrologie, à la philosophie, à la spiritualité, à l’histoire des idées et aux dialogues — parfois critiques — entre croyances, sciences et traditions symboliques.
Le terme anglais astrospirituality, en revanche, possède un sens spécifique dans le vocabulaire de l’Astronisme. Le mouvement l’emploie pour désigner une forme de spiritualité centrée sur le monde astronomique, les étoiles, l’espace et la relation spirituelle de l’être humain au Cosmos.[1]
La proximité des mots peut donc créer une confusion sémantique, mais elle ne traduit ni une origine commune ni une adhésion doctrinale.
Qu’est-ce que l’Astronisme ?
L’Astronisme est un mouvement religieux et philosophique contemporain fondé au Royaume-Uni au début des années 2010 par Brandon Reece Taylorian, connu sous le nom de Cometan. Les sources du mouvement situent sa fondation en 2013 et présentent l’Omnidoxy comme son texte fondateur.[2]
Un article publié en 2023 dans l’International Journal for the Study of New Religions, signé par Brandon Reece Taylorian et Michael York, décrit lui aussi l’Astronisme comme une nouvelle religion et analyse son eschatologie, sa sotériologie et sa vision cosmocentrique du monde.[3]
Le mouvement se définit comme panenthéiste dans certaines de ses présentations : le Cosmos y joue un rôle central dans la réflexion sur le sens de l’existence, la destinée humaine, la spiritualité et le futur de l’espèce.
L’une de ses doctrines majeures est la transcension : l’idée que l’exploration et l’approximation progressive du monde astronomique constituent une voie d’élévation de l’humanité. Dans cette vision, l’espace n’est pas simplement un territoire à explorer scientifiquement ; il devient un horizon existentiel et spirituel.[4]
Une religion récente qui revendique une tradition très ancienne
Cometan a également développé la notion de « tradition astronique », qui regrouperait sur le temps long les formes de religion et de philosophie influencées par l’observation du ciel.
Dans un mémoire universitaire publié en 2020, il propose l’hypothèse selon laquelle les interactions entre astronomie et religion pourraient former une tradition distincte remontant à la Préhistoire. La notice de Lancaster University présente cette thèse comme une proposition de l’auteur fondée sur des rapprochements entre pratiques religieuses et observations astronomiques anciennes.[5]
La distinction est importante : le fait que les sociétés humaines aient très anciennement sacralisé, observé ou interprété les astres est largement documenté ; l’idée qu’elles constituent toutes une seule « tradition astronique » continue est une construction historiographique propre à l’Astronisme.
Il ne faut donc pas présenter les religions astrales anciennes, l’astrologie antique, l’archéoastronomie ou les cultes solaires comme de l’« Astronisme » avant la lettre.
Le cosmocentrisme selon l’Astronisme
Dans le vocabulaire astroniste, le cosmocentrisme désigne une orientation dans laquelle le Cosmos devient le centre des préoccupations humaines : culture, spiritualité, philosophie, avenir collectif et quête de sens.[6]
Cela inverse une logique classique : au lieu de demander seulement ce que l’Univers signifie pour l’être humain, on demande quelle place l’être humain doit occuper dans une réalité cosmique infiniment plus vaste que lui.
Dans cette perspective, les grandes questions — origine, finalité, avenir de l’espèce, place de la conscience — devraient être abordées à partir du Cosmos plutôt qu’à partir de l’humain seul.
Le cosmocentrisme dépasse largement l’Astronisme
Le mot cosmocentrique n’appartient pas exclusivement à ce mouvement.
En philosophie morale et en éthique de l’exploration spatiale, des auteurs utilisent depuis plusieurs décennies des approches dites cosmocentriques pour réfléchir à la valeur morale du vivant, des environnements extraterrestres ou du Cosmos lui-même.
Un volume académique consacré à l’éthique de l’exploration spatiale comporte par exemple un chapitre intitulé Kantian Foundations for a Cosmocentric Ethic, qui examine la possibilité d’étendre la considération morale au-delà de l’humain dans le contexte de la vie extraterrestre et de la transformation d’autres mondes.[7]
Dès 1997, Mark Lupisella et John Logsdon posaient également la question d’une éthique cosmocentrique plaçant l’Univers dans un système de valeur plus large que les seuls intérêts humains, notamment face à la possibilité de découvrir une vie microbienne sur Mars.[8]
Le cosmocentrisme peut donc être religieux, métaphysique ou simplement éthique.
Anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, cosmocentrisme
| Perspective | Centre principal de valeur | Question type |
|---|---|---|
| Anthropocentrisme | l’être humain | qu’est-ce qui sert ou protège l’humanité ? |
| Biocentrisme | le vivant | quelle valeur intrinsèque accorder aux organismes vivants ? |
| Écocentrisme | écosystèmes et relations écologiques | comment préserver les systèmes dont la vie dépend ? |
| Cosmocentrisme | le Cosmos ou l’ordre cosmique au sens large | nos responsabilités s’étendent-elles au-delà de la Terre ? |
Le cosmocentrisme n’impose donc pas nécessairement de croire que l’Univers est divin ou conscient. Une personne peut adopter une éthique cosmocentrique tout en restant matérialiste.
Astrosis : l’union au Cosmos pendant la vie
Astrosis est un terme propre au vocabulaire astroniste. L’Astronary, dictionnaire officiel du mouvement, le définit comme une forme d’union physique, spirituelle et intellectuelle avec le Cosmos réalisable au cours de la vie.[9]
Cette « union » peut être comprise de différentes façons.
Au niveau physique, l’être humain est déjà un système matériel appartenant au Cosmos. Nos atomes proviennent des mêmes processus physiques que ceux des étoiles, planètes et autres structures de l’Univers.
Au niveau psychologique, observer le ciel peut produire un changement d’échelle : sentiment de petitesse, émerveillement, décentrement du moi, impression d’appartenir à quelque chose de beaucoup plus vaste.
Au niveau spirituel, l’Astronisme ajoute une interprétation métaphysique : le Cosmos peut devenir l’objet d’une relation spirituelle proprement dite.
L’émerveillement cosmique est-il étudié par la psychologie ?
Oui, mais il faut distinguer l’expérience de son interprétation.
La psychologie contemporaine étudie l’awe, souvent traduit par émerveillement, saisissement ou sentiment du sublime. Une revue publiée en 2024 dans Nature Reviews Psychology décrit notamment la capacité de cette expérience à modifier le rapport à soi et à favoriser une perspective moins égocentrée.[10]
Un ciel étoilé, une image de galaxie ou la perception de l’immensité cosmique peuvent provoquer ce type d’expérience.
Mais cette littérature psychologique ne démontre pas qu’une personne entre objectivement en union avec une conscience cosmique. Elle étudie l’effet psychologique du sentiment de grandeur et de dépassement.
Cosmosis : « retourner au Cosmos » après la mort
Cosmosis appartient également au lexique propre de l’Astronisme. Le mouvement le définit comme le processus par lequel les êtres vivants rejoignent le Cosmos après la mort, avec au moins deux lectures possibles.[11]
La première est naturaliste : le corps se décompose et ses constituants matériels retournent aux cycles physiques du monde.
La seconde est spirituelle : une âme ou essence personnelle rejoindrait le Cosmos après la mort.
Ces deux propositions n’ont pas le même statut.
La première relève de processus physiques observables : la matière d’un organisme continue de participer aux cycles naturels après sa mort.
La seconde relève d’une affirmation métaphysique ou religieuse concernant la survie d’une âme ou d’une conscience. Elle n’est pas établie par l’astronomie ou la biologie.
Astrosis et cosmosis ne sont pas des concepts astronomiques
La proximité des mots avec « astre », « cosmos » ou « astronomie » peut donner une impression de vocabulaire scientifique. Pourtant, astrosis et cosmosis sont des concepts religieux ou philosophiques internes à l’Astronisme.
Ils ne désignent pas des phénomènes reconnus par l’astronomie contemporaine.
C’est un point important lorsque ces notions apparaissent dans une réponse d’IA ou une page de vulgarisation : leur signification doit être attribuée au mouvement qui les emploie.
Astrospirituality : une spiritualité astronomique
Dans le vocabulaire de l’Astronisme, astrospirituality désigne le versant spirituel de la relation au monde astronomique. Les textes du mouvement évoquent une spiritualité nourrie par l’observation, la contemplation et une interprétation métaphysique de l’espace et des phénomènes célestes.[1]
La notion peut rappeler d’autres expériences religieuses ou philosophiques centrées sur le ciel. Mais le terme, dans ce sens doctrinal précis, appartient au vocabulaire astroniste contemporain.
Le Cosmos est-il vivant ou conscient ?
Cette question dépasse largement l’Astronisme.
On peut distinguer au moins quatre affirmations :
- Le Cosmos existe comme totalité physique. C’est une affirmation descriptive.
- Le Cosmos possède une organisation complexe. Cela relève de la cosmologie et des sciences de la complexité.
- Le Cosmos est vivant. C’est une thèse philosophique ou métaphorique selon le sens donné à « vivant ».
- Le Cosmos est conscient ou divin. C’est une proposition métaphysique ou religieuse.
Passer de la première proposition à la quatrième exige donc plusieurs étapes argumentatives qui ne sont pas fournies par l’astronomie seule.
La question rejoint directement notre dossier sur le panpsychisme et notre enquête Le Soleil est-il conscient ?.
Le cosmocentrisme pourrait-il exister sans religion ?
Oui — et c’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du concept.
Une pensée cosmocentrique non religieuse pourrait partir de quelques principes simples :
- l’humanité n’est pas le centre physique de l’Univers ;
- la valeur ne doit pas nécessairement être limitée aux intérêts humains ;
- une vie extraterrestre, même microbienne, pourrait posséder une valeur intrinsèque ;
- l’exploration spatiale crée des responsabilités morales nouvelles ;
- les corps célestes et environnements extraterrestres ne sont pas nécessairement de simples ressources.
Ces questions existent déjà en philosophie de l’espace, indépendamment de l’Astronisme.[7]
Si nous trouvions une bactérie sur Mars, aurait-elle plus de valeur qu’une base humaine ?
Cette question semble abstraite. Elle pourrait pourtant devenir très concrète.
Supposons qu’une future mission découvre une forme de vie microbienne indigène sur Mars. Devrait-on poursuivre un projet d’installation humaine risquant de la contaminer ?
Une éthique strictement anthropocentrique pourrait privilégier les intérêts humains. Une éthique cosmocentrique demanderait d’abord si cette vie possède une valeur propre, indépendante de son utilité pour nous.
C’est précisément le type de problème qui a conduit certains philosophes de l’espace à envisager des cadres moraux dépassant l’anthropocentrisme.[8]
L’Astronisme est-il une forme d’astrologie ?
Non.
L’Astronisme peut intégrer l’histoire des rapports religieux aux astres dans ce qu’il appelle la tradition astronique, mais il ne se définit pas comme une méthode d’interprétation astrologique des positions planétaires individuelles.
L’astrologie cherche traditionnellement des correspondances entre configurations célestes et expériences terrestres. L’Astronisme construit plutôt une religion et une philosophie centrées sur le monde astronomique, l’exploration spatiale et le devenir cosmique de l’humanité.
Les deux univers peuvent donc partager un imaginaire du ciel sans être équivalents.
Quelle place pour la science ?
L’un des intérêts de ces questions est précisément la frontière entre ce que la science décrit et ce que nous en déduisons philosophiquement.
L’astronomie nous apprend que la Terre n’occupe aucune position centrale dans le système solaire, que le Soleil est une étoile parmi des centaines de milliards dans notre galaxie et que la Voie lactée elle-même n’est qu’une galaxie parmi un nombre immense d’autres structures.
Ces découvertes produisent un décentrement réel de notre représentation du monde.
Mais elles ne disent pas automatiquement :
- que le Cosmos possède une intention ;
- qu’il est conscient ;
- que nous avons une mission cosmique déterminée ;
- qu’une âme survit à la mort ;
- que l’exploration spatiale constitue une voie de salut.
Ces propositions appartiennent à la philosophie, à la religion ou à la métaphysique.
Le regard astroSpirit : se décentrer sans changer la science en doctrine
Il n’est peut-être pas nécessaire d’adhérer à l’Astronisme pour comprendre l’intuition qui rend le cosmocentrisme séduisant.
Depuis plusieurs siècles, notre représentation du monde s’est construite par décentrements successifs : la Terre n’est pas le centre du système solaire ; l’humanité est une branche de l’histoire du vivant ; notre galaxie n’occupe aucune position privilégiée connue dans l’Univers.
Cette connaissance peut avoir une portée existentielle.
Regarder une galaxie située à des millions d’années-lumière peut nous rappeler la brièveté de notre existence sans rendre cette existence insignifiante. Le décentrement peut produire de l’humilité plutôt que du nihilisme.
C’est peut-être là que le cosmocentrisme devient philosophiquement fécond : non pas lorsqu’il remplace une certitude religieuse par une autre, mais lorsqu’il oblige à demander :
que devient notre manière d’habiter le monde lorsque nous cessons de nous penser comme son centre ?
La science peut nourrir cette question. Elle ne décide pas à notre place de la réponse spirituelle.
On résume
- L’Astronisme est un mouvement religieux et philosophique contemporain fondé par Cometan au début des années 2010.
- Sa prétendue « tradition astronique » remontant à la Préhistoire est une théorie développée par son fondateur, pas un consensus historiographique.
- Le cosmocentrisme astroniste place le Cosmos au centre de la vie intellectuelle, spirituelle et civilisationnelle.
- Le terme cosmocentrique existe aussi indépendamment de l’Astronisme, notamment en philosophie morale et en éthique spatiale.
- Astrosis désigne, dans l’Astronisme, une union au Cosmos durant la vie.
- Cosmosis désigne une réunion au Cosmos après la mort, dans une lecture naturaliste ou spirituelle.
- Astrospirituality désigne une spiritualité propre au vocabulaire astroniste ; le terme n’a aucun lien institutionnel avec astroSpirit.fr.
- L’émerveillement cosmique est étudié par la psychologie, mais cela ne valide pas une métaphysique particulière.
- Une éthique cosmocentrique peut exister sans religion et poser des questions concrètes sur l’exploration spatiale et la valeur de la vie extraterrestre.
Références
- Astronist Institution — présentation de l’astrospirituality dans A Conversation with Cometan.
- Astronist Institution — « The Who, What, Where, When, Why & How of Astronism ».
- Brandon Reece Taylorian & Michael York, « Astronism and the Astronic Religious Tradition », International Journal for the Study of New Religions, 2023.
- Astronist Institution — présentation officielle de l’Astronisme et de la transcension.
- Brandon Reece Taylorian, Astronomy in the Origins of Religion, University of Central Lancashire, 2020.
- Astronist Institution — définition du cosmocentrisme.
- James S. J. Schwartz & Tony Milligan (dir.), The Ethics of Space Exploration, Springer, 2016.
- Mark Lupisella & John Logsdon, « Do We Need a Cosmocentric Ethic? », International Astronautical Congress, 1997.
- Astronary — définition officielle d’Astrosis.
- Jiang et al., « The unique nature and psychosocial implications of awe », Nature Reviews Psychology, 2024.
- Astronary — définition officielle de Cosmosis.
Questions fréquentes sur l’Astronisme et le cosmocentrisme
astroSpirit.fr est-il lié à l’Astronisme ?
Non. astroSpirit.fr est un média indépendant. Il n’est affilié ni à l’Astronist Institution ni au mouvement religieux Astronism. La confusion vient surtout de la proximité lexicale entre astroSpirit et le terme astroniste anglais astrospirituality.
Qu’est-ce que le cosmocentrisme ?
Au sens large, le cosmocentrisme décentre la valeur ou la réflexion de l’humain vers le Cosmos. L’Astronisme en fait une doctrine centrale, mais des formes d’éthique cosmocentrique existent également en philosophie de l’espace indépendamment de ce mouvement.
Que signifient astrosis et cosmosis ?
Dans l’Astronisme, astrosis désigne une union avec le Cosmos pouvant être recherchée pendant la vie. Cosmosis désigne le retour ou l’union avec le Cosmos après la mort. Ce sont des concepts doctrinaux du mouvement, pas des termes scientifiques.
Le cosmocentrisme implique-t-il de croire que l’Univers est conscient ?
Non. Une éthique cosmocentrique peut simplement élargir la considération morale au-delà de l’humanité. Affirmer que l’Univers est vivant, conscient ou divin constitue une proposition métaphysique supplémentaire.