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Tarot de Marseille : une histoire du XVe siècle à nos jours

L’histoire du Tarot de Marseille ne tient pas en une date ni en une ville. Elle traverse plusieurs siècles : naissance du tarot dans l’Italie du XVe siècle, diffusion des modèles en France, essor des cartiers, apparition des usages divinatoires, puis rééditions modernes qui ont façonné l’image que nous connaissons aujourd’hui.

Cette page suit cette évolution dans le temps. Pour la question plus précise des origines du modèle marseillais — lieux, premiers jeux connus, Vachier, Noblet — consultez notre dossier Origines du Tarot de Marseille : histoire, dates et vrais repères.

Période Étape Ce qui change
1440–1450 Premiers tarots documentés en Italie du Nord Le tarot apparaît comme jeu à atouts dans les cours italiennes
1639 Tarot de Philippe Vachier à Marseille Plus ancien tarot marseillais connu produit dans la ville
vers 1650 Tarot de Jean Noblet à Paris Un des plus anciens exemples du type graphique dit aujourd’hui “de Marseille”
XVIIIe siècle Diffusion dans le Sud-Est français Le modèle se stabilise tout en gardant des variantes d’atelier
1760 Modèle Nicolas Conver Un jalon iconographique qui influencera de nombreuses rééditions
fin XVIIIe–XIXe Essor de la cartomancie et des lectures occultistes Le tarot devient aussi un support divinatoire et symbolique
années 1830 Usage du nom “Tarot de Marseille” Le terme désigne progressivement cette famille de jeux
XXe siècle Éditions industrielles et restaurations Le Tarot de Marseille devient un modèle culturel largement diffusé

Au XVe siècle, le tarot est d’abord un jeu

Les plus anciennes références au tarot datent des années 1440 et 1450 en Italie du Nord. Les jeux Visconti-Sforza figurent parmi les exemplaires les plus connus de cette période. Le Metropolitan Museum rappelle que ces cartes ajoutaient des atouts figuratifs et un fou aux enseignes italiennes classiques : coupes, épées, bâtons et deniers.

À ce stade, il n’est pas encore question de “Tarot de Marseille” au sens moderne. Il s’agit de l’histoire plus large du tarot européen, dont le modèle marseillais deviendra plus tard une branche importante.

Source utile : Metropolitan Museum of Art — histoire et structure des premiers tarots.

Le XVIIe siècle change notre vision de Marseille

Longtemps, les historiens disposaient surtout du Tarot de Jean Noblet, fabriqué à Paris au XVIIe siècle, pour documenter les formes anciennes du modèle dit de Marseille. Une découverte récente a déplacé les repères.

La Bibliothèque nationale de France a intégré en décembre 2025 un jeu complet fabriqué à Marseille par Philippe Vachier en 1639. La BnF le présente désormais comme le plus ancien tarot “de Marseille” connu produit dans la ville. Le jeu comporte 78 cartes, gravées sur bois et coloriées au pochoir.

Cette découverte est importante parce qu’elle montre que l’histoire reste ouverte : ce que l’on croyait bien établi peut évoluer avec la réapparition d’un jeu ancien, l’étude d’un atelier ou une nouvelle attribution.

Voir la présentation de la BnF sur le Tarot de Philippe Vachier de 1639.

Jean Noblet : un jalon essentiel du modèle

Le Tarot de Jean Noblet, produit à Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle, reste un repère majeur. La BnF le décrit comme le plus ancien jeu connu conforme au type graphique que l’on désigne par convention comme “Tarot de Marseille”, en rappelant que Marseille n’en devient une spécialité qu’au XVIIIe siècle.

Il est donc plus juste de parler d’une famille graphique qui circule entre plusieurs centres de production que d’un modèle né une fois pour toutes dans une seule ville.

Voir le Tarot de Jean Noblet dans les collections de la BnF.

Au XVIIIe siècle, le modèle se diffuse et se reconnaît

Le XVIIIe siècle voit se multiplier les productions apparentées au futur Tarot de Marseille, notamment dans le Sud-Est de la France. Dijon, Avignon, Lyon et Marseille comptent parmi les centres importants.

C’est aussi l’époque où certaines caractéristiques iconographiques deviennent très reconnaissables : ordre des atouts, compositions, gestes, couleurs et détails graphiques. Mais parler d’un modèle parfaitement figé serait trompeur : les ateliers conservent des variantes.

Nicolas Conver et le modèle de 1760

Le nom de Nicolas Conver est devenu presque indissociable du Tarot de Marseille. Son modèle daté de 1760 a été largement repris et réédité par la suite.

La BnF conserve plusieurs éditions modernes fondées sur ce modèle, notamment des jeux produits à Marseille à la fin du XIXe siècle. Cela illustre bien un phénomène central dans l’histoire du tarot : un jeu ancien peut devenir, par ses rééditions successives, une référence bien au-delà de son époque d’origine.

Voir la notice BnF d’une édition fondée sur le modèle de Nicolas Conver.

Quand le tarot devient-il divinatoire ?

La dimension divinatoire ne correspond pas à la fonction originelle documentée du tarot. Son usage comme jeu précède les lectures occultistes et cartomantiques.

À partir de la fin du XVIIIe siècle, le contexte change. Des auteurs comme Antoine Court de Gébelin proposent des interprétations symboliques et des filiations anciennes qui influenceront profondément l’occultisme européen. Etteilla, nom de plume de Jean-Baptiste Alliette, publie également des ouvrages consacrés à la cartomancie et contribue à systématiser l’usage divinatoire des cartes.

La BnF conserve notamment une édition de 1770 de Etteilla ou instruction sur l’art de tirer les cartes.

Ce basculement est essentiel : à partir de là, le tarot n’est plus seulement regardé comme un jeu. Il devient progressivement un support d’interprétation, de divination et de spéculation symbolique.

Le XIXe siècle fabrique aussi le “Tarot de Marseille” que nous connaissons

Le nom lui-même est plus tardif que les jeux qu’il désigne. La BnF indique que l’expression “Tarot de Marseille” est utilisée à partir des années 1830 pour cette famille de tarots à enseignes latines.

C’est également au XIXe siècle que se développent de nombreux rapprochements entre tarot, kabbale, hermétisme, Égypte ancienne ou traditions initiatiques. Ces systèmes ont joué un rôle majeur dans la culture ésotérique moderne, mais ils ne doivent pas être projetés rétroactivement sur les cartiers des XVIIe et XVIIIe siècles.

Au XXe siècle, l’édition fixe une image “classique”

Le XXe siècle contribue fortement à la standardisation visuelle du Tarot de Marseille. Les éditions Grimaud associées à Paul Marteau jouent notamment un rôle important dans sa diffusion moderne.

À force d’être reproduites, certaines couleurs, compositions et interprétations finissent par paraître “traditionnelles”, alors qu’elles résultent parfois de choix éditoriaux relativement récents.

La BnF conserve la collection Paul Marteau ainsi que des rééditions de modèles plus anciens. Ces fonds permettent de comparer les continuités et les transformations entre jeux historiques et éditions du XXe siècle.

Restaurer un tarot ancien, est-ce vraiment le retrouver “à l’identique” ?

Pas totalement. Restaurer un jeu implique toujours des choix : quelle édition prendre comme référence ? Comment interpréter une couleur passée, une ligne incomplète, une variante entre deux exemplaires ? Faut-il corriger une irrégularité ou la conserver ?

Les restaurations modernes peuvent être très documentées, mais elles restent des reconstructions éditoriales. C’est utile à garder en tête lorsque deux jeux se présentent tous deux comme “le véritable Tarot de Marseille”.

Du jeu à l’outil symbolique : plusieurs histoires coexistent

Le Tarot de Marseille possède aujourd’hui plusieurs usages : jeu historique, objet de collection, support divinatoire, outil symbolique, pratique créative ou support de réflexion personnelle.

Ces usages ne s’annulent pas entre eux, mais ils n’ont pas la même ancienneté. L’erreur consiste surtout à les fusionner dans un récit unique où les cartiers du XVIIe siècle auraient déjà conçu les cartes comme un manuel spirituel ou psychologique.

Pour comprendre les cartes elles-mêmes sans les réduire à une histoire ésotérique unique, consultez notre guide des 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille.

Pourquoi cette histoire continue-t-elle d’évoluer ?

Parce que de nouveaux jeux réapparaissent, que les collections sont mieux cataloguées et que les historiens peuvent comparer davantage d’exemplaires. Le Tarot Vachier de 1639 en est un excellent exemple : son entrée dans les collections nationales en 2025 a immédiatement modifié le récit du plus ancien tarot produit à Marseille connu à ce jour.

L’histoire du Tarot de Marseille n’est donc pas une légende figée. C’est un chantier documentaire qui progresse avec les archives, les collections et les recherches.

Le regard astroSpirit

Le Tarot de Marseille gagne en profondeur lorsqu’on accepte ses différentes couches sans les confondre. Il peut être à la fois un objet historique très concret — papier, bois gravé, pochoirs, ateliers — et un langage symbolique utilisé aujourd’hui dans des contextes qui auraient été étrangers à ses premiers fabricants.

Connaître cette histoire n’enlève rien à la dimension symbolique du tarot. Au contraire, cela permet de mieux distinguer ce qui vient des cartes anciennes, ce qui vient des occultistes modernes et ce que les lecteurs contemporains ajoutent encore aujourd’hui.

On résume

  • Les premiers tarots documentés apparaissent en Italie du Nord au XVe siècle.
  • Le modèle dit “de Marseille” s’est développé ensuite dans plusieurs centres français.
  • Le jeu de Philippe Vachier de 1639 est aujourd’hui le plus ancien tarot marseillais connu produit à Marseille.
  • Jean Noblet et Nicolas Conver constituent deux autres jalons majeurs de cette histoire.
  • Les usages divinatoires se développent après la fonction ludique originelle.
  • L’expression “Tarot de Marseille” se diffuse au XIXe siècle.
  • Les éditions modernes ont largement façonné l’image “classique” que nous connaissons aujourd’hui.

Questions fréquentes sur l’histoire du Tarot de Marseille

Le Tarot de Marseille a-t-il été inventé à Marseille ?

Non. Les premiers tarots documentés apparaissent en Italie du Nord au XVe siècle. Marseille devient ensuite un centre important de production d’un modèle qui circulait également dans d’autres villes françaises.

Quel est le plus ancien Tarot de Marseille connu ?

La BnF présente aujourd’hui le tarot complet de Philippe Vachier, daté de 1639 et fabriqué à Marseille, comme le plus ancien tarot marseillais connu produit dans la ville.

Le tarot servait-il à prédire l’avenir dès le XVe siècle ?

Les premières sources documentent d’abord un jeu de cartes. Les usages divinatoires et occultistes deviennent importants plus tard, surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle.

Pourquoi Nicolas Conver est-il important ?

Son modèle daté de 1760 a été largement repris et réédité. Il est devenu l’un des grands repères iconographiques du Tarot de Marseille moderne.

Article révisé le 28 septembre 2026 par l’équipe de rédaction astroSpirit.

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