Le Tarot de Marseille n’est pas né à Marseille, et son histoire est moins mystérieuse qu’on ne le lit parfois. Les premiers tarots connus apparaissent dans l’Italie du Nord au XVe siècle. Le modèle que l’on appelle aujourd’hui « Tarot de Marseille » s’est ensuite diffusé et transformé en France, notamment à Lyon, Paris, Dijon, Avignon et Marseille.
Une découverte récente a même changé l’état des connaissances : la Bibliothèque nationale de France a intégré en 2025 un tarot complet fabriqué à Marseille par Philippe Vachier en 1639. Il s’agit aujourd’hui du plus ancien tarot de type marseillais connu produit dans la ville. Cette découverte permet de raconter l’histoire du Tarot de Marseille avec davantage de précision qu’auparavant.
Origine du Tarot de Marseille : les repères essentiels
| Période | Repère historique |
|---|---|
| XVe siècle | Apparition des premiers tarots connus en Italie du Nord |
| 1639 | Tarot de Philippe Vachier, plus ancien tarot marseillais connu produit à Marseille |
| vers 1650 | Tarot de Jean Noblet à Paris, longtemps considéré comme le plus ancien exemplaire du type dit « de Marseille » |
| XVIIIe siècle | Diffusion du modèle dans le Sud-Est de la France, notamment à Dijon, Avignon et Marseille |
| 1760 | Modèle de Nicolas Conver, devenu l’un des grands repères iconographiques du Tarot de Marseille |
| années 1830 | L’expression « Tarot de Marseille » commence à désigner ce type de jeu |
| 1930 | Édition Grimaud de l’Ancien Tarot de Marseille, associée à Paul Marteau |
Les premières traces : l’Italie du XVe siècle
Les historiens situent l’apparition des premiers tarots dans l’Italie du Nord du XVe siècle, notamment dans les milieux de cour de Milan, Ferrare ou Florence. Les jeux Visconti-Sforza figurent parmi les exemples les plus célèbres conservés.
À ce stade, il faut éviter un raccourci fréquent : ces jeux anciens ne sont pas encore « le Tarot de Marseille » au sens moderne. Ils appartiennent à une histoire plus large du tarot européen dont le modèle marseillais sera l’un des descendants.
Le Tarot de Marseille n’a donc pas été inventé à Marseille
Marseille a joué un rôle majeur comme centre de fabrication et de diffusion, mais pas comme lieu unique de naissance du tarot. La BnF souligne même que Lyon a probablement joué un rôle central dans la formation du modèle graphique qui deviendra ensuite le Tarot de Marseille.
Ce modèle circule ensuite entre plusieurs centres de production français. Jean Noblet travaille à Paris au XVIIe siècle ; d’autres cartiers produisent des jeux apparentés à Dijon, Avignon ou Marseille au XVIIIe siècle.
La découverte du tarot de Philippe Vachier de 1639
La découverte la plus importante de ces dernières années concerne Philippe Vachier, cartier marseillais actif au XVIIe siècle. Son jeu daté de 1639 a refait surface lors d’une vente aux enchères en 2023 avant d’entrer dans les collections de la BnF en décembre 2025.
La BnF le présente désormais comme le plus ancien tarot de type marseillais connu produit à Marseille. Le jeu est complet, avec 78 cartes, gravées sur bois et coloriées au pochoir. Cette découverte est particulièrement importante parce qu’elle fait reculer de plusieurs décennies la documentation directe du modèle dans la ville.
La Bibliothèque nationale de France consacre une présentation détaillée à ce jeu et à ce qu’il change dans l’histoire connue du Tarot de Marseille.
Jean Noblet, Nicolas Conver : pourquoi ces noms comptent-ils ?
Avant la redécouverte du Vachier, le jeu de Jean Noblet, produit à Paris vers le milieu du XVIIe siècle, occupait une place particulière : il était considéré comme le plus ancien exemplaire connu correspondant au type graphique appelé aujourd’hui Tarot de Marseille.
Au XVIIIe siècle, le modèle traditionnellement associé à Nicolas Conver, daté de 1760, devient un autre jalon majeur. Son iconographie influencera durablement les rééditions ultérieures et reste aujourd’hui l’un des modèles les plus connus.
Pourquoi l’appelle-t-on “Tarot de Marseille” ?
Le nom est plus récent que le jeu. D’après les recherches citées par la BnF, l’expression « Tarot de Marseille » est utilisée à partir des années 1830 pour désigner ce type de tarot à enseignes latines : bâtons, coupes, épées et deniers.
Autrement dit, les cartiers du XVIIe siècle ne fabriquaient pas nécessairement un jeu qu’ils appelaient eux-mêmes « Tarot de Marseille ». Le nom a été appliqué plus tard à une famille de modèles proches.
Tarot historique et tarot divinatoire : deux histoires différentes
Le tarot est d’abord un jeu de cartes. Les usages divinatoires et ésotériques se développent plus tard, surtout à partir du XVIIIe siècle. Court de Gébelin, puis différents auteurs occultistes du XIXe siècle, proposent alors des lectures symboliques reliant les cartes à l’Égypte ancienne, à la kabbale, à l’hermétisme ou à d’autres traditions.
Ces rapprochements ont joué un rôle majeur dans l’histoire culturelle du tarot, mais ils ne décrivent pas son origine historique documentée. C’est une distinction importante : l’histoire du jeu et l’histoire de ses interprétations ésotériques ne commencent pas au même moment.
Le XXe siècle : Paul Marteau et la fixation d’un modèle moderne
Au XXe siècle, l’édition joue un rôle décisif dans la manière dont nous imaginons aujourd’hui le Tarot de Marseille. La BnF conserve notamment une édition Grimaud datée de 1930, associée à la tradition éditoriale de Paul Marteau.
Cette diffusion industrielle a contribué à stabiliser une image « classique » du Tarot de Marseille, même si l’histoire réelle est faite de nombreux jeux, ateliers, variantes de couleurs et détails iconographiques. Pour suivre cette évolution sur la durée, voir aussi l’épopée du Tarot de Marseille à travers les siècles.
Les 22 arcanes majeurs : anciens, mais pas figés
Le Tarot de Marseille tel qu’on le connaît aujourd’hui comprend 22 atouts ou arcanes majeurs et 56 cartes mineures. Les noms, numérotations et images ont cependant connu des variations selon les époques et les ateliers.
Pour une présentation complète de chaque carte, consultez notre guide des 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille.
Mythes fréquents sur les origines du Tarot de Marseille
| Affirmation | Ce que l’histoire permet de dire |
|---|---|
| Le Tarot de Marseille vient de l’Égypte ancienne | Aucune preuve historique ne l’établit ; cette idée appartient aux relectures occultistes modernes |
| Il a été inventé à Marseille | Le tarot apparaît en Italie ; Marseille devient ensuite un centre important de production |
| Le jeu a toujours été utilisé pour prédire l’avenir | Non : sa fonction première documentée est ludique |
| Le modèle a toujours été identique | Non : couleurs, détails et iconographie varient selon les ateliers et les périodes |
| On connaît parfaitement ses origines | Non plus : les découvertes récentes, comme le Vachier de 1639, montrent que l’histoire continue d’évoluer |
Le regard astroSpirit : distinguer l’histoire du symbole
Le Tarot de Marseille est passionnant précisément parce qu’il possède plusieurs vies : celle d’un jeu ancien, celle d’un objet artisanal, celle d’un support divinatoire et celle d’un langage symbolique contemporain.
Chez astroSpirit, nous préférons ne pas choisir entre histoire et symbolisme. Les deux peuvent coexister à condition de ne pas confondre leurs niveaux. Une carte peut avoir aujourd’hui une grande valeur symbolique sans que cette interprétation ait été présente dès sa fabrication au XVIIe siècle.
En résumé
Le Tarot de Marseille descend de jeux de tarot apparus dans l’Italie du XVe siècle. Son modèle s’est développé ensuite en France, avec plusieurs centres de fabrication. La découverte du tarot complet de Philippe Vachier de 1639 a récemment fait reculer l’histoire documentée du modèle à Marseille. Le nom « Tarot de Marseille » est, lui, plus tardif. Quant à l’usage divinatoire, il s’est développé après la fonction ludique originelle du jeu.
Questions fréquentes sur l’origine du Tarot de Marseille
Où est né le Tarot de Marseille ?
Le tarot apparaît en Italie du Nord au XVe siècle. Le modèle appelé plus tard Tarot de Marseille se développe ensuite en France, notamment à Lyon, Paris et dans le Sud-Est.
Quel est le plus ancien Tarot de Marseille connu ?
La BnF présente aujourd’hui le tarot complet de Philippe Vachier, daté de 1639 et fabriqué à Marseille, comme le plus ancien tarot marseillais connu.
Pourquoi parle-t-on de Tarot de Marseille ?
L’expression s’impose tardivement pour désigner une famille de tarots à enseignes latines largement produite dans le Sud-Est de la France, notamment à Marseille.
Le Tarot de Marseille était-il divinatoire dès l’origine ?
Non. Sa fonction première documentée est celle d’un jeu. Les usages divinatoires et occultistes apparaissent plus tard.
Article révisé le 27 septembre 2026 par l’équipe de rédaction astroSpirit.